hypertexte

groupe de recherche sur les écritures hypertextuelles

L’hypertexte, une technologie intellectuelle à l’ère de la complexité – Jean Clément

By Luc Dall'Armellina • mar 3rd, 2009 • Category: articles

Dans son article « L’hypertexte, une technologie intellectuelle à l’ère de la complexité » Jean Clément pose un regard épistémologique sur l’hypertexte et souligne la double dimension de concept et de technologie pour ce terme inventé par le philosophe Théodor Holmes Nelson en 1965. Il y propose que le préfixe « hyper » est moins caractérisé par sa valeur superlative qu’orienté par un sens mathématique : « l’hypertexte est un texte à n dimensions ». Cette remarque est de nature à nous intéresser dans notre investigation « hypertexte et hypermodernité » car elle change considérablement l’espace signifiant du terme. L’hyper n’est donc plus seulement une amplification mais offre bien un rapport renouvellé à la complexité.

C’est en reprenant l’origine de cette multidimensionnalité de l’hypertexte que Jean Clément s’intéresse aux supports d’enregistrement et aux habitudes de lecture qui leurs sont liées, induisant « une liberté croissante des lecteurs vis-à-vis des documents et une instrumentation de plus en plus complexe de leurs opérations cognitives ». Si l’hypertexte rend possible les liens entre différents documents hétérogènes, il rend pour autant la lecture plus complexe car là où le lecteur de livres avait un plan ordonnant une suite définie, le lecteur d’hypertexte navigue dans des fragments épars et ne se représente le plus souvent pas la totalité du réseau des fragments connectés.

neurones – image sous licence creative commons : source

Jean Clément rappelle qu’il est significatif que « les noms des systèmes imaginés par Bush (Memex) et Engelbart (Augment) réfèrent à une augmentation de nos capacités cognitives et mémorielles. Extension de la mémoire et augmentation de l’intellect sont au cœur du développement de l’hypertexte. »

un réseau personnel – image sous licence creative commons : source

L’hypertexte se constitue donc comme technologie intellectuelle en tant que concept au milieu de deux autres autres couches, informationnelle et représentationnelle : « La première couche est constituée par les informations organisées en base de données, la seconde par l’hypertexte conceptuel, la troisième par l’interface utilisateur. »

Il s’intéresse ensuite aux différents modèles de bases de données mais surtout, aux différents comportements cognitifs que ceux-ci induisent chez le lecteur. La même base de donnée peut en effet être interrogée de différentes façons. Le mode plein texte suppose que l’on sache assez précisément ce que l’on cherche, le mode sémantique plus complexe à modéliser est aussi plus proche des besoins d’un lecteur. Les modes statistiques et sémantiques quand à eux permettent notamment les représentations de type nuages de mots clés qui fleurissent sur les sites contemporains.

réseau flick-r – image sous licence creative commons : source

Après avoir fait un bref état de l’art en matière de relations entre informations et automatisation de l’hypertextualisation de celles-ci au sein d’un réseau navigable, Jean Clément revient à la nécessité d’une pensée du paradigme de la complexité en matière d’information hypertextuelle.

zones d’activités neuronales – image sous licence creative commons : source

« Bruit, théorie des systèmes et chaos apparaissent donc comme une limitation du principe fondamental de la science classique : le déterminisme. Mais, en même temps, ils élargissent le champ de la rationalité et témoignent d’une prise en compte des systèmes réels, dynamiques, ouverts, souvent instables et fluctuants. Ces concepts nous permettent une meilleure compréhension de ce qui fut jusqu’ici exclu ou occulté par un système de rationalité déterministe et simplificateur, ils forment le socle épistémologique de l’hypertexte. »

Voici résumés ici quelques points saillants de l’article de Jean Clément paru dans : Brossaud C., Reber B., Humanités numériques 1., Nouvelles technologies cognitives et épistémologie, Hermès Lavoisier, 2007

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Luc Dall'Armellina is auteur de poésie numérique, enseignant en design hypermédia à l'école des Beaux-Arts de Valence depuis 1999, chercheur associé au laboratoire Paragraphe de l'Université Paris8 et chargé du cours "Arts et Technologies Contemporaines" à l'UTC de Compiègne. Domaines de recherche : e-poésie - cyberlittérature - net-art - design des interfaces - formes et variabilité des récits hypermédiatiques - sémiotique des signes e-mouvants - écologie de l'écran - esthétique et éthique des pratiques médiatiques en réseaux.
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